Discours de présentation du texte d'orientation du Progrès Partagé

Conseil National du 27 janvier 2018

Intervention de Luc CARVOUNAS

Maison de la chimie

 

Mes chers camarades,

Ces derniers mois je suis allé à la rencontre de nos militants, dans nos fédérations et dans nos sections.

Tous m’ont dit qu’ils ne voulaient plus l’ambiguïté ; tous réclament la clarté.

Pour cela, nous devons être libres de nos choix à venir.

Nous devons être libérés du Parti d’Epinay.

Nous devons tourner la page mais sans déchirer le livre.

Vous le savez, je crois au clivage Gauche-Droite.

Mais si nous souhaitons que les Français nous fassent à nouveau confiance, nous devons rompre avec une organisation où le Premier secrétaire est un Homme ou une Femme seule qui peut décider de tout.

Et nous devons rompre enfin avec une centralisation où Paris impose trop souvent ses vues aux fédérations.

Mes chers camarades,

Nous devons rompre dans ce Congrès avec une ligne politique devenue trop accommodante avec le libéralisme.

Certains d’entre nous veulent réinventer la social-démocratie. C’est leur droit.

Notre texte d’orientation, lui, pose la première pierre, avec humilité mais avec méthode,  de notre maison Socialiste du XXIème siècle.

Il propose de rappeler nos urgences, de parler aux Français en leur montrant que leurs préoccupations sont les nôtres, et de nous remettre au travail collectivement.

Mes chers camarades,

Nous pouvons faire en sorte avec nos concitoyens que la prochaine décennie soit une décennie française.  

Pour cela je veux que nous commencions par construire un Parti qui n’est pas là seulement pour gouverner.

Un Parti qui sache se comporter en stratège pour soutenir nos politiques locales et nationales, lorsque nous sommes au pouvoir ou dans l’Opposition.

Ce qui se passe en ce moment même en Allemagne avec nos voisins du SPD doit nous alerter. A force d’agir en « responsabilité », les sociaux-démocrates allemands finissent par perdre chaque jour un peu plus leur identité.

Je ne veux pas de ce scénario pour nous.

Depuis le 30 novembre, j’ai déclaré ma candidature.

Je n’ai participé à aucun des jeux traditionnels de notre appareil.

Ma démarche est sincère et transparente.  

 

Lorsqu’on prétend diriger le Parti socialiste, on ne peut pas s’honorer d’être un candidat par défaut.

 

Je me suis lancé dans cette campagne, avec la même énergie qui m’a conduit en mars 2017 à me jeter dans la bataille des législatives face à LREM.

Je l’ai fait en affichant fièrement le poing et la rose, et tous les logos de la Gauche rassemblée au second tour.

La clarté sans l’ambigüité, voilà ma ligne.

C’est l’attachement à notre Parti, pour tout ce qu’il m’a apporté, comme il a apporté aux Français, pour leur vie quotidienne, qui m’a poussé à faire ce choix. 

Chaque fois que nous avons gouverné, nous avons transformé la France.

Adhérent depuis 1995, je suis devenu Secrétaire de section puis Premier secrétaire fédéral, en m’appliquant toujours la même discipline : travailler au rassemblement de ma famille et de toute la gauche, avec le souci de proposer à chaque poste, au vote des militants, toujours les meilleurs d’entre nous en transcendant les courants et les sensibilités.

Les signataires de notre texte d’orientation se sont engagés parce qu’ils partagent le même désir de relever le drapeau Socialiste.

Ils se sont engagés d’abord parce qu’ils savent que la ligne politique que nous portons est claire.

Je souhaite un Parti socialiste qui fasse la différence entre la Gauche et la Droite.

Ils se sont engagés ensuite parce qu’ils savent que la Gauche Arc-en-Ciel  que je propose est la seule qui « créera les conditions du rassemblement d’une Gauche qui innove, qui propose, qui gouverne, ».

Cette Gauche, que je suis fier d’avoir rassemblé en Val-de-Marne aux dernières sénatoriales. Nous étions la seule Fédération de France à avoir réalisé cela.

Cette Gauche que j’ai toujours eu à cœur de rassembler à Alfortville, la ville dont j’ai été le Maire.

Vous voyez…beaucoup propose de dialoguer avec la Gauche ; moi je discute avec elle depuis plus de 20 ans ; je me rassemble avec elle, et je gagne avec elle.

J’ai été l’un des premiers à vouloir ouvrir l’inventaire du quinquennat. Je suis prêt à le mener de manière honnête et lucide.

Nous connaissons tous les mesures qui ont profondément troublé notre électorat.

Mais le devoir d’inventaire, cela commence d’abord par soi-même.

Vous le savez, pour moi il a commencé en 2016.

Enfin, les signataires de ce texte, que je propose, se sont engagés parce qu’ils partagent la même volonté décentralisatrice de notre Parti.

À nos fédérations et à nos militants, je veux redonner un poids central et décisionnaire pour replacer le Parti socialiste au cœur des territoires, et les territoires au cœur du Parti.

Ne pas les avoir consulté lors de la vente de notre siège est révélateur selon moi d’un état d’esprit avec lequel nous devons rompre.

Je restituerai une partie du produit de la vente du siège à nos fédérations, pour qu’elles puissent mettre en œuvre leur plan d’action politique pendant 5 ans.

Au Parlement, le travail mené par nos deux groupes – comme par notre groupe au Parlement européen doit être amplifié.

 

Je salue d’ailleurs le nouvelle élection de Patrick KANNER.

 

Le Parti doit accompagner le travail de nos parlementaires par un dialogue soutenu, afin que leurs votes ne soient pas en contradiction avec nos choix politiques collectifs.

 

Après le Congrès, je m’efforcerai à convaincre nos camarades Députés de retrouver dans le nom de notre groupe le beau mot de Socialisme que nous n’aurions jamais dû enlever.

 

Pour moi, notre Premier secrétaire doit être une voix forte, une voix d’Opposition à Emmanuel MACRON et à Edouard PHILIPPE.

 

Il ne peut pas y a voir d’ambiguïtés face à leur dérive libérale.

 

C’est pour cela que j’ai voté contre le discours de politique générale du Premier ministre le 4 juillet.

 

À l’automne dernier, notre Parti s’était très majoritairement exprimé contre la loi sur la sécurité intérieure et le terrorisme, parce qu’elle venait percuter de plein fouet nos libertés publiques.

 

Fidèle à cette décision, je n’ai pas voté cette loi.

 

Nous devons inventer un nouvel équilibre de gouvernance.

 

Ce sera à nos fédérations et au Conseil national de l’incarner.

 

Il doit devenir le Parlement du Parti et exercer un devoir de contrôle de l’action de la direction nationale, et de nos groupes parlementaires.

 

Je proposerai que notre Parti accueille désormais 3 niveaux de militantisme pour que chacun s’engage à la mesure de son envie.

Aux côté du Premier secrétaire national, je proposerai que trois Premiers secrétaires nationaux délégués à l’Egalité Femme-Homme, à la Jeunesse, et aux Outre-mer viennent renforcer la direction nationale, et qu’ils aient les moyens nécessaires à l’accomplissement de leurs missions.

 

« Les outre-mers ne doivent plus être la variable d’ajustement ; nos militants d’outre-mer sont une richesse pour notre parti ».

 

Je me suis rendu en Martinique récemment.

 

J’en profite pour saluer mon ami Frédéric BÉRET.

 

Nos camarades là-bas m’ont raconté combien ils étaient attristés de voir les membres de la direction nationale, en visite sur leur île, privilégier un dialogue avec le PPM plutôt que le PS.

 

Ce n’est plus acceptable.

 

Dans la Métropole, nos compatriotes ultra-marins souffrent encore trop de discrimination et se sentent trop souvent relégués.

 

Nous devons vous soutenir comme vous nous soutenez : en mettant en avant dans nos propositions nationales le développement touristique, le développement durable, et le soutien aux productions agricoles des Outre-mer. Je m’y engage.

 

Le Trésorier national du Parti ? Il sera issu de la Motion arrivée en seconde position ;

 

Les Présidents de toutes les commissions du Parti seront élus au suffrage universel de nos militants. Nous couperons ainsi avec cette logique de désignation discrétionnaire entre les Congrès.

 

Ce sont les militants – et eux seuls – qui choisiront l’endroit où nous installerons la nouvelle maison Socialiste.

 

Pour toutes ces consultations présentes et à venir, nous instaurerons le vote électronique.

 

Notre Parti doit lancer sa révolution féministe. Elle devra être rapide, puissante et sans retour en arrière possible. Voilà la mission que je souhaite confier à celle ou celui qui sera Premier secrétaire délégué à l’égalité femme-homme.

 

Et je le dis puisque la question m’a été posée : je souhaite que le Premier secrétaire national délégué à la Jeunesse, soit logiquement la Présidente ou le Président du Mouvement des Jeunes Socialistes.

Je garantirais l’autonomie financière et politique du mouvement, mais je veux engager une nouvelle synergie avec lui.

 

Mes chers camarades, la meilleure des organisations ne sera efficace que si elle est au service d’un calendrier politique.  

 

J’ai la conviction que le progrès peut-être la chose la mieux partagée au monde.

Ce progrès partagé peut être mis au service de tous les Français pour construire la décennie française.

Mais 4 piliers doivent être posés dès maintenant pour constituer la maison Socialiste du XXIème siècle.

Ces piliers sont ceux que nous développons dans le texte d’orientation que nous proposons : la lutte contre la reproduction des inégalités, l’Europe, l’Écologie et la Démocratie partagée.

 

Trois révolutions vont profondément changer les rapports sociaux et nos modes de vie : la révolution féministe, la révolution numérique et la révolution écologique. Autant de nouveaux leviers de transformation sociale et de progrès.

C’est le défi lancé à la Gauche moderne, d’y inscrire son ambition de Justice et d’Égalité. 

Je veux dessiner avec vous les contours de notre calendrier politique commun qui sauront relever ces défis majeurs.

Les élections européennes seront le premier test.

Je refuse que nous soyons les arbitres du match entre une Europe libérale et l’Europe d’un « plan B » sans lendemain.

Nous devons adopter une ligne clairement de Gauche pour une Europe politique, sociale et fiscale.

Les Socialistes Français doivent défendre l’élection du Président de l’UE au suffrage universel direct ;

nous devons demander face aux « paradise papers » une harmonisation fiscale au plan européen ;

nous devons demander que les excédents commerciaux profitent à la résorption de la dette pour les pays les moins riches de l’Union.

L’Europe peut aussi créer le premier campus mondial sur l’Écologie et contre le réchauffement climatique. La France pourra le financer avec une part des 5 milliards d’euros du crédit d’impôt recherche dévolue aux grands groupes.

 

Si notre projet européen n’est pas clair, et n’a pas d’écho auprès de nos concitoyens, alors la défiance vis-à-vis des Institutions européennes continuera à s’aggraver, et les populismes de toute sorte à prospérer.

Pour réaliser toutes ces ambitions, nous devrons profondément transformer le fonctionnement décisionnaire de l’UE ; nous devrons donc accepter de passer de la règle de l’unanimité à une règle majoritaire.

 

La deuxième étape de notre calendrier sera les élections locales.

Si nous ne prenons pas la mesure des enjeux, alors l’ensemble des territoires dirigés par la Gauche sera en danger.  

Avec eux ce sont nos politiques de solidarité, d’aménagement durable, nos projets de démocratie participative et notre sens de l’innovation, qui pourraient purement et simplement disparaître.

 

Mon expérience de Maire me permet de vous parler comme cela.

Je vous l’ai dit. Je serai clair demain sur les alliances que je vous proposerai pour préparer nos élections européennes et nos élections locales ; mais je ne prétends pas imposer à nos Maires et à nos candidats aux municipales une position centralisée et dogmatique, parce que localement nous le savons, les électeurs privilégient toujours l’humain aux idées trop arrêtées, le bon sens et le collectif.

Ce que je vous propose à compter d’aujourd’hui c’est une méthode : Nous parlerons avec tout le monde mais nous ne deviendrons les vassaux de personne.

Demain, c’est cette Gauche Arc-en-Ciel qu’il nous faut inventer.

Je ne le ferai pas seul.

Nous la ferons ensemble, et les Socialistes y prendront toute leur part.

Je vous remercie.